Les choix d'architecture en wearable
Lorsqu’on conçoit un wearable, on l’envisage généralement comme une matrice d’entrées (micro, caméra) et de sorties (haut-parleur, écran, retour haptique, LED), reliées entre elles par un ensemble de fonctionnalités. L'intuition nous pousse souvent à un raccourci trompeur : puisque la fonctionnalité fait le pont entre l'entrée et la sortie, la puissance de calcul (le compute) devrait logiquement résider au sein même du dispositif.
C'est une erreur de conception majeure. Il y a deux écueils fondamentaux à éviter lorsqu'on établit l'architecture d'un wearable : confondre l'emplacement symbolique d'une fonctionnalité avec l'emplacement physique du processeur qui l'exécute, et prendre le cheminement intellectuel qui a mené à cette fonctionnalité pour une contrainte d'architecture.
Prenez l'exemple d'Iyo, la start-up fondée par Jason Rugolo. En proposant un « ordinateur audio » embarquant 4 Go de RAM directement sur l'oreille, l'entreprise conserve des vestiges sémantiques et techniques de l'informatique traditionnelle. Placer une telle puissance de calcul directement sur l'oreille est un non-sens architectural. À l'image d'Apple avec son Vision Pro qui a déporté sa batterie pour des questions de poids, il n'y a aucune raison d'alourdir une oreillette jusqu'à en faire un palet encombrant sujet à la surchauffe. Une approche plus rationnelle consisterait à concevoir un périphérique extrêmement bien pensé pour l'interface, mais qui délèguerait le calcul et l'énergie à un module externe déjà présent dans notre poche : le smartphone.
Bien sûr, cette architecture hybride soulève un défi technique majeur : la latence. Si le cerveau de l'opération est dans la poche et les capteurs sur le visage ou l'oreille, la connexion Bluetooth ou Ultra Wideband (UWB) doit être irréprochable. Pour qu'une intelligence artificielle vocale soit perçue comme naturelle, le temps de réponse doit s'approcher de celui d'une conversation humaine, soit moins de 500 millisecondes. C'est ici que le micro-calcul (Edge AI) prend tout son sens : le wearable n'a pas besoin de comprendre tout le contexte, il doit juste être assez intelligent pour nettoyer le signal, détecter un mot clé, et transmettre un flux de données parfait au téléphone qui fera le gros du travail.
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